18.12.2007 Interview du Dr Gérard Leleu, sexologue : L’orgasme pour toutes ! La course à l'orgasme, la jouissance obligatoire, c'est dépassé, on est bien d'accord ... Reste que, un câlin qui se termine en apothéose, c'est quand même le pur bonheur. Et, sans tomber dans une vision mécaniste de nos ébats, savoir comment et pourquoi on y arrive (ou pas !) peut avoir son utilité. C'est tout l'objet du dernier ouvrage du Dr Gérard Leleu, sexologue. Son «Traité des orgasme» aborde tout, sans tabou. Alors, prêtes pour monter au septième ciel ? Voici quelques pistes. Beaucoup de livres ont été publiés sur le plaisir féminin. Pourquoi en avoir écrit un autre ? Tout n’avait pas été dit ? C'est vrai que beaucoup d'ouvrages sur ce thème existent. Mais si leur but était de permettre aux femmes de mieux accéder au plaisir féminin, ils ont échoué ! J'ai rencontré de très nombreuses femmes au cours de ma carrière, vous vous en doutez. Eh bien, une immense majorité d'entre elles est frustrée, contrairement à ce que disent les médias. Les enquêtes sur la sexualité des Françaises révèlent pourtant que le plaisir est passé au premier plan, que les pratiques sont de plus en plus libres… Le problème, c’est que ces enquêtes ne prennent pas en compte l’âge des répondantes. Croyez-vous vraiment qu’une débutante de 18 ans a la même capacité à jouir qu’une femme de 35 ans, qui a atteint la maturité sexuelle ? Et puis, ces statistiques ne distinguent pas l’orgasme clitoridien de l’orgasme vaginal, beaucoup moins fréquent.
Dans Le traité des orgasmes, vous dites qu’on peut toutes y arriver, qu’on a juste besoin de mieux connaître son corps. D’habitude, on nous dit que c’est dans la tête que ça se passe… Pourquoi avez-vous un discours aussi différent ? Il n’est pas si différent que ça ! Simplement, je ne fais pas de scission entre les deux, je m’adresse autant à l’enveloppe qu’à l’esprit. Bien sûr que ce qui importe, c’est la tendresse, l’amour, le fantasme. L’orgasme, c’est toujours dans la tête. Mais à quoi bon jouer d’un instrument si l’on ne sait pas lire les notes de musique ? La plupart des femmes sont incapables de dire où sont leurs ovaires et leur utérus. Aucune n’a touché son col, et n’a conscience que ce geste peut procurer beaucoup de plaisir. Mais c’est quelque chose que l’on fait naturellement, non ? Vous oubliez 2000 ans de répression morale et religieuse ! Au XIXe siècle, les femmes étaient interdites de plaisir, elles se croyaient frigides. On leur faisait porter des grandes chemises de nuit ou des moufles avec des pointes pour les empêcher de se masturber. Bien sûr, il y a eu la révolution sexuelle, et les choses ont changé depuis une cinquantaine d’années. Mais cela concerne seulement une petite frange de la population, notamment les plus jeunes qui se sont mises aux sex-toys. L'interdit est toujours très puissant dans l’inconscient collectif.
Alors, on doit changer quoi dans sa façon de faire l’amour ? Biologiquement, la femme possède tout ce qu’il faut pour jouir. Mais elle reste trop souvent passive. Un nombre impressionnant de femmes sont incapables de bouger leur bassin, leurs hanches et leur pubis pendant l’amour. Bougez, participez, prenez des initiatives en fonction de ce que vous aimez Justement, par où commencer ? Il faut réveiller son vagin, qui a trop longtemps été considéré comme une muqueuse insensible. Savez-vous que la nature l'a doté de six points sensoriels différents, ce qui multiplie les possibilités orgasmiques ?! Ce potentiel plaisir doit être révélé par les caresses. Attention, cela prend du temps : contrairement au clitoris, le vagin est caché, inaccessible, mystérieux, un peu trop profond pour la main. C'est l'un des intérêts du sex-toy : grâce à lui, vous pourrez atteindre et apprivoiser les six points sensibles situés sur les faces antérieures et postérieures de la cavité. Vous dites que le point G existe, c’est une bonne nouvelle ! Alors, il est où ? Je ne comprends pas qu’il y ait encore des médecins qui puissent le nier. Toutes les femmes ont un point G virtuel, c’est-à-dire non sensible tant qu'il n'est pas activé. Elles doivent en prendre conscience, arriver à le repérer et à le stimuler. Il se trouve du côté de la vessie, derrière l’os du pubis et derrière l’urètre, à 4 cm de l’entrée du vagin. Touchez-le de la pulpe de votre doigt, vous sentirez une zone rugueuse. Frottez-la fermement, vigoureusement et longtemps. Et soyez patiente… En renouvelant les caresses régulièrement, vous atteindrez un niveau orgasmique inédit ! |